Consommation et alimentation

Modérateur : Didier Claude
Rapporteure : Marie-Lou Dompnier

Introduction
Didier Claude souligne que le forum des initiatives locales doit déboucher sur du concret : il s’agit de faire le lien entre les initiatives et de faire en sorte qu’il y ait interaction entre ces initiatives.

1- Intervention de Mylène Carreau
Thème : «  les jardins collectifs » ou plutôt « les jardins partagés » ou « jardins nourriciers »

Deux familles de Champeix (3 enfants chacune) se sont associées pour transformer en jardin nourricier une parcelle de terre en « paillats » ou terrasses –une ancienne vigne en friche- en 4 parcelles :

Chaque année, chacune des familles se spécialise dans 2 des 4 domaines. La production est mise en commun. Plusieurs expériences sont tentées :

a- Installation d’une pompe à béliers pour faire monter l’eau de la rivière qui coule en bas du terrain. La pompe n’a pas fonctionné parce que la puissance de l’eau est insuffisante.
b- Recherche de légumes perpétuels (espèces vivaces) et de plantes sauvages comestibles.
c- Greffes de pommes, poires et coings sur des buissons d’aubépine très bien adaptés au sol : l’expérience a réussi.
d- Affiches dans la rue pour favoriser l’information sur les pratiques jardinières et l’échange des plants et des semences.

La production permet actuellement aux 2 familles d’assurer l’essentiel de leurs besoins en légumes jusqu’en mars.

Didier Claude conclut l’intervention en précisant que les Jardiniers de France soutiennent ces initiatives. D’autre part, ce type d’initiative prend un caractère militant depuis qu’il est question d’interdire les échanges de semences.

2- Intervention de Lucien Lecompte
Thème : les circuits courts de production-consommation dans le parc du Livradois-Forez

Il s’agit de la mise en place d’un réseau d’agriculteurs, de commerçants et de transformateurs de produits suite à 2 constats :

  • A la fin des années 90, on s’aperçoit que des produits bio de la région sont exportés en Allemagne, transformés, réexpédiés à Rungis pour se retrouver chez des commerçants du Livradois-Forez.
  • Certains producteurs vendent déjà leurs produits directement aux consommateurs, mais de manière aléatoire.

L’idée nouvelle a été :

  • de mettre en relation producteurs et consommateurs,
  • de valoriser les produits locaux chez les commerçants locaux,
  • de favoriser la transformation sur place par exemple en maintenant des abattoirs pour la zone Thiers-Ambert- Montbrison-Craponne

L’entrée dans le réseau est subordonnée à la signature d’une charte qui impose :

  • la mise sur le marché de produits fermiers,
  • le respect de la charte du Parc du Livradois-Forez,
  • le respect de la réglementation sociale.

Actuellement, 55 producteurs sont membres de ce réseau. Ils ne paient pas de cotisation. La promotion des produits est assurée par le Parc :

  • Les points de vente du réseau sont identifiés par un logo (Saveurs du Livradois-Forez),
  • Des dépliants d’information sont à la disposition des consommateurs dans les points de vente,
  • Des affiches sont apposées chez les commerçants, membres du réseau. La grande distribution en est exclue pour préserver le maillage du territoire en commerces locaux.

Des améliorations sont encore nécessaires :

  • pour structurer le réseau,
  • pour fixer les prix et calculer les marges en fonction des conditions de production locale.

3- Intervention d’ANIS ETOILE, association basée à Lempdes (63)

A comme Agriculture
N comme Nutrition
I comme Interculturel
S comme Solidarité

Pour cette association, l’enjeu est de chercher à savoir ce qui est derrière ce qu’on mange.
La réflexion a débuté par des constats :

  • Localement, une personne cueille 3kg de haricots verts en une heure, est payée 12 €/heure. Avec les charges, le kilo de haricots verts sera vendu 6€/kg en vente directe.
  • Au Kenya, une personne gagne 6 cts/h. Avec les marges et les frais de transport, le kilo de haricots verts sera vendu 2€/kg en grande surface,
  • On trouve en grande surface de la viande importée d’Amérique du Sud.

ANIS ETOILE s’est donné plusieurs objectifs :

  • interpeler les consommateurs,
  • permettre à de petits producteurs de vivre de leur travail,
  • relocaliser les habitudes de consommation,
  • sensibiliser les élus locaux et les inciter à plus de cohérence entre leurs discours et la réalité de leurs actions, par exemple : proposer autre chose que des cacahuètes et du coca pour les cocktails !
  • boycotter la grande distribution qui se donne bonne conscience en proposant des produits locaux et en tirant des arguments de vente et propose dans le même temps des produits importés ce qui entraine des suppressions d’emplois localement et signifie exploitation de la main d’œuvre dans les pays producteurs etc…

4- Intervention de Laurent Titeux
Thème : l’AMAP solidaire de la Comté

AMAP : Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne.

A- Historique
Le concept a vu le jour au Japon dans les années 60 suite à une pollution au mercure. Puis il s’est développé aux EU, au Canada, en Europe et en France en 2000.

B- Quels principes régissent le fonctionnement des AMAP ?
La charte des AMAP comporte 17 points et fait référence à la charte de l’agriculture paysanne (cf. Confédération Paysanne)
Quelques principes fondateurs :

  • Maintien des agriculteurs
  • Respect de la nature
  • Transparence
  • Développement durable
  • Partenariat local
  • Contrat entre producteur et consommateur
  • Définition des prix à l’avance
  • Solidarité par rapport aux aléas de la production…..

C- Originalité de l’AMAP de Vic-le-Comte.
De la confrontation des idées est née une forme de fonctionnement qui ajoute la solidarité entre adhérents à la solidarité entre producteurs :
Une grille de cotisations et de prix est établie en fonction des revenus des adhérents.
C’est la 3ème AMAP au monde à avoir adopté ce mode de fonctionnement suivi par l’AMAP de Clermont.

5- Intervention de Didier Claude
Thème Relance du petit élevage vivrier

Didier Claude est parti du constat qu’il y avait, dans la commune du Plauzat –où il vit- de nombreuses maisons avec pigeonniers sans pigeons et de nombreux clapiers sans lapins.

Relancer l’élevage de pigeons, de lapins et de volailles présentait plusieurs avantages :

  • Il ne nécessite pas beaucoup de place,
  • Il ne produit pas beaucoup d’odeurs,
  • Le fumier permet une interaction élevage/jardinage,
  • Clapiers et pigeonniers préexistent et n’attendent qu’à être utilisés,
  • On peut produire une viande de qualité à bas coût,
  • Cet élevage permet de réintroduire des races telles que le lapin-chèvre…

6- Questions et observations soulevées dans le débat

a- les petits producteurs redoutent l’étranglement à cause des normes sanitaires imposées par l’agro-industrie. Les éleveurs doivent aussi faire face aux problèmes du marché de la viande lié à l’éloignement des abattoirs.
b- Quelqu’un fait remarquer que les coûts de l’alimentation et du logement se sont inversés en quelques décennies.
c- Quelqu’un propose le boycott des grandes surfaces tel le mouvement « sortir des supermarchés » qui s’est développé en Bretagne.
d- Mais la plupart des interventions vont en direction des élus pour les inciter à plus de cohérence entre leur discours et la réalité de leurs pratiques :

  • introduire des produits locaux dans les cocktails,
  • faire appel aux producteurs locaux pour les cantines,
  • favoriser l’accès aux surfaces cultivables en zone péri urbaine,
  • dire non à l’incinérateur.

En conclusion, Didier Claude rappelle que le but de ce forum est de mettre en réseau toutes les expériences pour montrer notre force et donner un prolongement à nos actions. Il invite tous ceux qui ont pris des initiatives à transmettre leur site et leur adresse.